Commémoration de l’accident survenu dans le secteur de démolition Slesse

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Publication Date 
13 Jun 2008

Par Capt C.M. Legarie, Commandant de troupe d’opérations et de recherche en matière d’explosifs, École du génie militaire des Forces canadiennes​

L’après-midi du 20 juin 1988, une véritable tragédie a frappé les Forces canadiennes (FC) et l’École du génie militaire des FC (EGMFC). En effet, une explosion est survenue dans le secteur de démolition Slesse à la BFC Chilliwack et a tué six stagiaires : le Capt J.W. Best, le Lt M.D. Aucoin, le Slt K.J. Wilkinson, l’Élof K.R. Gawne, l’Élof W.C. Sutton et l’Élof W.J. Whitley.

Les stagiaires se trouvaient dans le secteur de démolition pour leur instruction d’officier du génie militaire et s’exerçaient à faire des explosions à cratère, une tâche visant à rendre les routes impraticables en y faisant des trous profonds. Pour ce faire, des chambres initiales sont creusées (généralement en enfonçant des tiges d’acier de 2 m, appelées tubes de camouflet, dans le sol) puis des explosifs y sont placés qu’on fait ensuite détoner. Le jour de la tragédie, les élèves ont utilisé un mélange de plastic militaire, le C4, et un explosif commercial connu sous le nom de Forcite (dynamite en gélatine). Ils en étaient à l’étape de bourrage et utilisaient une longue tige pour compacter les explosifs dans la chambre préalablement creusée afin d’augmenter l’effet de l’explosion. C’est alors qu’environ 27 kg d’explosifs ont sauté prématurément.

Une enquête complète d’un coroner a été exigée, et une commission d’enquête a été créée. Le Dr Ross, un gestionnaire technique des activités séismiques pour CIL (le fabricant de Forcite), a témoigné aux deux audiences. Il a mentionné que le scénario le plus probable était qu’un point chaud s’était développé dans le tube de camouflet, dans lequel les élèves avaient compacté les explosifs. Selon lui, le point chaud résultait fort probablement de la chaleur et de la friction causées par le frottement de la tige de bourrage en aluminium contre le tube de camouflet. La chaleur et la friction, jumelées à la force excessive, ont entraîné la détonation des explosifs. Cette explosion a envoyé une puissante onde de choc dans la chambre principale, ce qui a provoqué la détonation subséquente de la charge principale.
Le jury a conclu que la cause de la mort était une explosion accidentelle. Cependant, plusieurs recommandations ont été faites afin de prévenir de tels accidents : restreindre l’utilisation de la méthode de camouflet pour créer des chambres, remplacer les tiges de bourrage en métal par des tiges en bois, être plus sélectif dans le choix des instructeurs de démolition, donner l’instruction en démolition sous étroite supervision, utiliser de faux explosifs pendant les entraînements et exiger un résultat de 100 pour cent aux examens sur la sécurité en matière d’explosifs.

Après l’accident, plusieurs changements ont été apportés à l’instruction en démolition donnée par les FC. Elle est désormais progressive : il y a de la théorie, des démonstrations et des essais complets en utilisant de faux explosifs et des essais réels. L’instruction initiale s’effectue dans des environnements contrôlés, avec un instructeur supervisant jusqu’à quatre élèves. Au cours de l’étape d’initiation, de petites charges sont utilisées pour faire détoner les principaux explosifs, et le ratio est alors d’un instructeur pour un stagiaire. Afin de bien informer les stagiaires sur la démolition et la sécurité afférente, le commandant de troupe d’opérations et de recherche en matière d’explosifs reçoit une instruction détaillée et rigoureuse sur les explosifs et un adjudant des techniciens de munitions (TECH MUN) est assigné à la troupe. L’adjudant des TECH MUN agit à titre d’officier de sécurité des explosifs de l’unité et informe le personnel de l’École des techniques et des règles de sécurité afférentes à l’instruction et aux explosifs. L’utilisation des tubes de camouflet a récemment été abolie dans les FC et les tiges de bourrage en métal ont été remplacées par des tiges en bois.

Étant donné que le 20e anniversaire de cette terrible tragédie arrive à grands pas, il ne faut pas oublier que l’évaluation et l’amélioration constantes de nos pratiques et nos méthodes d’instruction sont primordiales pour assurer et promouvoir la sécurité des militaires pendant l’instruction et les opérations. Visiblement, la leçon apprise après la tragédie a entraîné de nombreuses modifications aux tâches et à l’instruction en démolition. Grâce à des examens continus des techniques et de l’instruction, l’EGMFC fait tout en son pouvoir pour que des accidents comme celui du 20 juin 1988 n’arrivent plus jamais.