Le Corps Canadien des Pompiers

L’héritage du génie canadien en temps de guerre est souvent associé au génie de combat; pourtant, en 1941, une formation différente, typiquement canadienne, voit le jour : civile de statut, paramilitaire dans son organisation et opérationnelle à tous les égards. Le Corps canadien des pompiers, créé à la demande du Royaume-Uni au plus fort du Blitz, devient l’une des contributions les plus inhabituelles et les moins connues du Canada à l’effort de guerre allié. 
Le Corps prend forme après la visite du premier ministre Mackenzie King en Grande-Bretagne en 1941, où le besoin de pompiers supplémentaires est évident.
Le Canada fourni un contingent de pompiers qualifiés pour renforcer le Service national des incendies du Royaume-Uni, qui était à bout de souffle. Leur commandant, G.E. Huff, MM, incarnait l’identité hybride du Corps : ancien officier de prévention des incendies de l’Aviation royale canadienne libéré de ses fonctions expressément pour diriger cette nouvelle formation. 
Le recrutement débute en mars 1941 et attire rapidement plus de 400 volontaires provenant d’une centaine de municipalités canadiennes. En décembre, 406 membres sont déployés outre-mer. Ils suivent un programme de quatre semaines sur la lutte contre les incendies, le sauvetage et les exercices avant d’être affectés à de grands centres urbains, notamment Londres, Portsmouth, Southampton, Plymouth et Bristol. Leur travail était immédiat et périlleux, consistant à intervenir sur des incendies provoqués par des raids aériens – souvent alors que les bombardements se poursuivaient. Lors des raids de février 1943 sur Londres, le Corps a combattu les incendies et mené des opérations de sauvetage avec brio, ce qui lui a valu de vifs éloges. Le nombre de victimes est étonnamment faible, bien que la chance ait joué un rôle; un détachement était en service lorsqu’une bombe a détruit ses locaux. 
En 1944, le Corps met sur pied une compagnie spéciale composée de 101 volontaires pour appuyer les services d’incendie de l’armée pendant la campagne de Normandie. Bien que finalement elle n’est pas déployée, cette initiative démontre la capacité du Corps à opérer en première ligne aux côtés des ingénieurs de campagne et d’autres troupes. 
Cette reconnaissance s'est manifestée tant pendant qu’après la guerre. Parmi les distinctions décernées, mentionnons OBE pour Huff, un MBE pour l’officier supérieur de compagnie N. Torno, ainsi que plusieurs médailles de l’Empire britannique. Les sauvetages accomplis en dehors du service sont honorés par des témoignages de reconnaissance de la Royal Humane Society et de la Royal Society. 
Trois membres du Corps perdent la vie en service. Leurs noms sont inscrits sur le Mémorial national des pompiers du Royaume-Uni, à la cathédrale Saint-Paul : J.S. Coull, A. Lapierre et L.E. Woodhead. 
Sir Aylmer Firebrace, chef d’état-major du Service national des pompiers, donne une évaluation claire de l’héritage du Corps : « Des pompiers efficaces, d’un excellent calibre et d’une condition physique de premier ordre, ils ont fait une très bonne impression ici. » Leur service, alliant compétences techniques, courage et humanitarisme, demeure un chapitre à part dans l’héritage du génie militaire canadien en temps de guerre.

 

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