L'Explosion du Ripple Rock

Le matin du 5 avril 1958, les Canadiens se rassemblent autour de radios et télévisions pour vivrent un événement sans précédent au Canada : l’explosion de Ripple Rock dans le détroit de Seymour, en Colombie-Britannique. Ripple Rock était une montagne sous-marine à deux pics s'élevant dangereusement près de la surface. Depuis la fin du XVIIIe siècle, plus de 120 navires avaient été endommagés ou coulés. Il s'agissait de la plus grande explosion non nucléaire planifiée de l'histoire en temps de paix. Au cœur de cette prouesse se trouvait le major Cyril Burton North, un tunnelier canadien dont la carrière avait déjà marqué deux guerres mondiales et plusieurs grands projets d'ingénierie civile.

North s'engagea dans le Génie canadien en 1914 et entra rapidement dans l'univers exigeant des travaux miniers de la Première Guerre mondiale. Il prit bientôt le commandement de la 1re Compagnie canadienne de tunneliers à Saint-Éloi. Ce secteur avait coûté la vie de milliers de soldats lors d'attaques et de contre-attaques répétées. Lorsque la bataille de Messines débuta le 7 juin 1917, ce sont les sapeurs qui brisent l'impasse. Dix-neuf « mines » explosèrent le long de la crête; la plus grosse – contenant 95 600 livres d’explosifs – fut déclenchée par la compagnie de North. L’immense cratère de 90 metres et profond de 15 pieds, ouvre la voie à la 41e Division britannique et marque l’une des utilisations les plus décisives de l’art mineur militaire pendant la guerre. Jusqu’à Ripple Rock, les mines de Messines sont restées les plus grandes explosions planifiées jamais exécutées.

En 1918, North avait été blessé à deux reprises et décoré à plusieurs reprises. Après la guerre, il retourna travailler dans les mines en Colombie-Britannique ; cependant, la Seconde Guerre mondiale fit appel à son expertise. Il leva et commanda la 2e Compagnie canadienne de tunneliers et l’emmena à Gibraltar en 1941, où elle creusa un réseau de routes, de zones de stockage et un grand hôpital.

North termine la guerre avec le grade de lieutenant-colonel et retourne au génie civil. Parmi ses réalisations d’après-guerre, on retrouve le tunnel sous-marin de First Narrows vers Vancouver, les tunnels de Kemano pour le projet Alcan, et enfin le défi qui allait marquer son héritage: Ripple Rock.

Deux tentatives de dynamitage par le haut avaient échoué. En 1953, le Conseil national de recherches proposa une solution de tunnel qui correspondait à l’expérience de North. De 1955 à 1958, les tunneliers creusèrent un puits depuis l’île Maud, un tunnel jusqu’à la base de Ripple Rocket deux puits verticaux jusqu’à ses sommets. Ils y placent 1 270 tonnes d’explosifs.

À 9 h 31, le 5 avril 1958, la charge fut déclenchée. Des roches et de l’eau jaillirent vers le ciel, dégagent le passage, mettant fin à l’un des dangers les plus redoutables de la côte ouest, grâce à l’expertise du lieutenant-colonel Cyril Burton North, décoré de la DSO avec barrette, de la Croix militaire et de cinq mentions dans les dépêches.


 

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