À la fin des 1950 et au début des 1960, le Front de libération du Québec (FLQ) intensifie sa campagne de violence politique en faveur de sa cause séparatiste. Il a recours à des attentats à l’explosif. Au printemps 1963, les incidents augmentent fortement. Le Commandement du Québec mit le personnel du Génie royal canadien en état d’alerte pour aider la police à désamorcer les bombes. Parmi eux se trouvait l’adjudant de 2e classe (WO II) Walter «Rocky» Leja, sergent quartier-maître régimentaire du 3e Régiment du génie de campagne, situé à Westmount, au Québec.
Le parcours de Walter commence des décennies plus tôt. Né en Pologne, il arrive au Canada en 1935, un orphelin de seize ans. Six ans plus tard, il enrôle pour la Seconde Guerre mondiale au sein du 7e Régiment de reconnaissance canadien (17e Régiment des Hussards du duc d’York). Après formation au Canada, il s’embarque pour le Royaume-Uni en juillet 1941. Débarqué en Normandie le 11 juin 1944, il a combattu jusqu’à l’avance finale dans le nord des Pays-Bas. Walter est resté en Europe avec la Force d’occupation de l’armée canadienne jusqu’après Noël 1945.
En 1951, Walter se joint au 3e Régiment du génie de campagne et obtient sa qualification en neutralisation des explosifs et munitions. En 1963, il atteint le grade d’adjudant-adjoint et devient l’un des experts en neutralisation des bombes du régiment.
Le 17 mai 1963, cinq bombes explosent dans des boîtes aux lettres de Westmount en l’espace de vingt minutes. Craignant la présence d’autres engins, la police demande l’aide de l’armée. L’adjudant-chef Leja et le lieutenant H.D. Simpson, officier d’état-major de soutien de la Force régulière du régiment, ont été dépêchés sur place.
La première boîte aux lettres suspecte contenait un colis impossible à identifier, même à l'aide d'un stéthoscope. Après avoir évalué les différentes options, l'équipe tente de retirer la boîte entière à l'aide d'une échelle de pompiers. Lorsque celle-ci se renverse, Leja, pleinement conscient du risque, retire l'objet suspect à la main et le transporte jusqu'à un champ dégagé.
La deuxième boîte aux lettres se trouvait dans un quartier résidentiel densément peuplé. Leja confirme la présence d’un engin actif câblé pour une détonation électrique et le désamorce au mépris total de sa propre sécurité.
La troisième boîte aux lettres contient une bombe de conception identique. Cependant, alors que Walter coupe l’un des fils, l’engin explose, le blessant gravement. Contre toute attente, il a survécu, mais a passé les vingt-neuf années suivantes à l’hôpital.
Pour son « courage remarquable et son dévouement exceptionnel au devoir », Walter Leja reçoit la Médaille George des mains du Gouverneur général Georges Vanier en mars 1964.
L’histoire de «Rocky» Leja est celle d’une détermination tranquille, d’une maîtrise professionnelle et d’un courage qui lui a coûté cher. Immigrant ayant choisi le Canada, il s’est presque entièrement consacré à la protection de la vie d’autrui - un rappel du prix du courage et de l’héroïsme discret qui s’interpose entre le danger et le public qu’il menace.