Une opération militaire remarquable, « l’Opération CESAR », s'est déroulée dans le Grand Nord canadien en mars 1983. Cette mission comprenait un largage aérien audacieux du 2e Régiment du génie de combat (2 CER) sur la banquise près du pôle Nord. L'opération visait à créer une piste de glace pour faciliter la recherche scientifique sur la crête Alpha, une chaîne de montagnes submergée qui s'étend de l'île d'Ellesmere au plateau continental sibérien. L'opération était cruciale pour déterminer si cette crête constituait une extension du plateau continental canadien, ce qui entraînait des répercussions sur les droits internationaux relatifs aux ressources dans la région.
Le major Dave Noble dirige l’équipe du 2 CER qui planifie l'Op CESAR en 1981. Le premier défi est d’élaborer des méthodes pour réduire les crêtes de pression dans la glace à l’aide d’explosifs. L’adjudant-maître Doug Neale et le sergent John MacPherson exécutent des reconnaissances près de Resolute Bay pour d’élaborer une stratégie. Ils recommandent des préparatifs minutieux, notamment le largage expérimental d’une niveleuse depuis un CC-130 Hercules.
Près de la date prévue, l'équipe fait face à des conditions extrêmes, plongeant jusqu'à -72 °C et de fortes chutes de neige qui compliquent ses efforts. Malgré tout, elle repère une zone de largage appropriée à 600 kilomètres du pôle Nord, où l'épaisseur de la glace atteignait deux mètres.
Le 15 mars, quatre CC-130 Hercules décollent de Thulé, Groenland, transportant matériel et personnel indispensables. La mission est semée d’embûches : un avion est dérouté en raison de problèmes mécaniques, tandis qu’un autre fait face à des alertes d’incendie. Cependant, le largage principal se déroule avec succès trois heures après le décollage, tout le matériel lourd et les 17 membres du 2 CER ayant été parachutés sur la glace.
Sous la direction du capitaine John Hampson, l’équipe s'est mise au travail pour construire la piste de 100 x 5 000 pieds, Les premières étapes ont consisté à déblayer la neige avec des bulldozers et à utiliser des explosifs pour briser les crêtes de pression dans la zone prévue pour la piste.
Après avoir nivelé la surface ils l'ont inondée d'eau de mer pour créer une piste d'atterrissage lisse. Les travaux ont abouti le 24 mars, lorsque le premier des 35 avions Hercules a atterri au camp CESAR. Au cours du mois suivant, l'équipe a facilité avec succès les atterrissages pour soutenir la collecte de données pour cette recherche scientifique.
L’importance du succès de l'opération CESAR dépasse ses objectifs immédiats. Les données recueillies contribuent à la demande déposée par le Canada auprès de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, visant à définir les limites de notre plateau continental tant dans les océans Atlantique et Arctique. Cette demande joue un rôle déterminant dans l'affirmation de la souveraineté du Canada sur ses territoires nordiques. Le travail d'équipe des ingénieurs militaires et des scientifiques dans des conditions extrêmes témoigne de la détermination sans faille du Canada à préserver sa souveraineté et à approfondir ses connaissances sur ses ressources naturelles.