Se souvenir des bûcherons

Canadian and French representatives
Unveiling ceremony
Graveside Comemmoration of War Dead
Publication Date 
04 Dec 2017

Par Cpl A. Watts (4 RAG) & Capt J. Bennett (4 RAG)
En entendant le titre bûcheron, il nous vient à l’esprit un certain nombre d’images empreintes de nostalgies et enracinées dans des dizaines d’années d’histoire au cours desquelles leur réputation s’est développée. On pense à un personnage solidement charpenté, aux mains calleuses, qui, peu importe les conditions ou les circonstances, a déjà accompli avec enthousiasme sa pleine semaine de dur labeur alors qu’on n’est encore que le mercredi. Malheureusement, avec les avancées de la technologie d’aujourd’hui, le nombre de gens pratiquant le métier de bûcheron diminue lentement et, actuellement, ce métier n’existe plus dans les Forces armées canadiennes (FAC). Par respect envers nos ancêtres et nos prédécesseurs, nous avons l’obligation de faire en sorte que le souvenir et les actions des bûcherons militaires ne disparaissent pas eux aussi avec leur art. Heureusement, des compétences semblables à celles des bûcherons se retrouvent toujours de nos jours dans un groupe particulier de professionnels des FAC : le Génie militaire canadien (GMC).

Du 23 au 27 octobre 2017, un contingent de quatre personnes du GMC ─ le Col cmdt Bgén (retraité) Steve Irwin, le Lcol Audrey Murphy (SMA (IE)), le Capt Josh Bennett (4 RAG) et le Cpl Antoine Watts (4 RAG) ─ a participé à des activités rendant hommage aux efforts des corps forestiers alliés de la Première Guerre mondiale. La contribution du Canada à ces efforts durant la Grande Guerre représente tout un tour de force. Le Corps forestier canadien (CFC), qui faisait partie du plus vaste Corps expéditionnaire canadien, transformait les forêts en précieuses ressources stratégiques : le bois d’oeuvre. À l’apogée de la contribution de notre pays, il y avait 12 000 Canadiens directement impliqués dans la production du bois d’oeuvre utilisé sur les lignes de front. Du bois d’oeuvre de tous les genres était produit pour une myriade d’utilisations, notamment des fortifications de tranchée, des chemins de rondins et des traverses de chemin de fer.

Aucune unité des FAC actuelle ne tire directement ses origines du CFC. Le GMC est cependant la Branche qui ressemble le plus à ces unités lorsque l’on tient compte de nos présents mandats. De plus, le bois d’oeuvre fabriqué était le plus souvent utilisé par les sapeurs alliés. En vertu de récentes décisions, l’histoire d’une unité unique du CFC sera fièrement perpétuée.

Plus tôt cette année, on a accordé au 4e Régiment d’appui du génie (4 RAG) de la BFC Gagetown (N.-B.) l’honneur de perpétuer le souvenir du 2e Bataillon de construction. Ce dernier est une unité ayant une grande importance historique. Créé durant la Deuxième Guerre mondiale, le 2e Bataillon de construction a non seulement satisfait aux demandes provenant d’outre-mer, mais a relevé au pays les défis auxquels il faisait face. Le racisme était encore répandu au début des années 1900, et le 2e Bataillon de construction, dont le quartier général se trouvait à Pictou, en Nouvelle-Écosse, était fier d’être le seul régiment de Noirs du Canada ainsi que d’avoir le seul officier noir de l’armée britannique : le révérend William A. White. En raison de sa situation géographique, de sa contribution régionale, de la fonction et de la composition de l’unité, le 4 RAG était le choix tout naturel pour assurer la pérennité du souvenir des sacrifices et des réalisations de nos prédécesseurs.

En plus de porter le drapeau du 2e Bataillon de construction dans les rangs du 4 RAG et d’envoyer des troupes aux défilés tenus à Pictou (N. É.) plus tôt en juillet, le GMC a été invité à participer à des cérémonies en France, dans la région de la Nouvelle-Aquitaine. Ces activités étaient organisées par un groupe d’historiens amateurs enthousiastes appelé les Corps forestiers alliés en Aquitaine 1917-1919 (CFAA). Simultanément, le CFAA a demandé la participation de l’ambassade canadienne en France ainsi que de représentants des consulats et des armées des États-Unis et du Royaume-Uni. Ces activités à caractère intime et multinational étaient centrées sur le dévoilement de cairns qui jalonnent le Chemin de mémoire des bûcherons. Il s’agit d’une série de cairns reliés par de longs sentiers de vélo qui passent par les communautés où les opérations du CFC se sont déroulées. Le Chemin de mémoire des bûcherons traverse les départements des Landes et de la Gironde, dans le sud de la France.

Le CFAA déploie de très importants efforts pour la préservation et l’agrandissement du patrimoine du CFC. Les cinq historiens qui forment ce petit groupe ont mené, dans certains cas depuis plus de dix ans, des recherches approfondies et ont partagé leurs découvertes avec le gouvernement canadien. Le contingent canadien a été accueilli par le groupe avec très grand enthousiasme. Des liens se sont rapidement forgés entre tous les participants. Bien que toutes les cérémonies soient gracieusement organisées par les maires des différentes villes, c’est le CFAA qui s’est occupé du contingent. Les activités variaient en taille et en composition, cependant elles comportaient toutes une discussion historique mettant l’accent sur l’importance de la contribution du Corps de foresterie allié durant la Première Guerre mondiale et un acte du souvenir. Les visites de cimetières où se trouvent des tombes de militaires du Commonwealth ont permis de vivre de profondes émotions centrées sur le sacrifice et la fierté ressentie envers nos prédécesseurs, notre histoire militaire et la contribution de notre pays à la Grande Guerre. Les émotions vécues étaient directement liées à la proximité des lieux où ces sacrifices ont été faits, en plus de l’émotion de fouler le même sol que nos ancêtres.

On trouve des témoignages de la contribution du Canada dans les petites communautés européennes où le CFC a oeuvré. Les activités commémoratives constituent pour les militaires de tous les grades et de tous les niveaux d’expérience une excellente occasion de créer et d’entretenir un sentiment de fierté envers l’organisation dans laquelle ils servent. Ce sentiment est dû en grande partie au travail du CFAA; permettre aux militaires d’assister à ces cérémonies commémoratives constitue également une bénédiction. Les activités de ce genre font germer la graine de la fierté dans le coeur des gens de ce petit groupe de militaires qui assistent à ces cérémonies. Avec les soins appropriés et adéquats, le germe de cette philosophie peut grandir et se répandre dans tout le pays, ce qui crée un environnement de soutien et un sentiment de valorisation qui a de profonds effets sur le plan stratégique.

Cette expérience a été une révélation et a permis de beaucoup mieux comprendre la contribution du Canada, par l’intermédiaire du Corps forestier allié, durant la Première Guerre mondiale. Le CFC était formé d’unités comptant des militaires travaillant sans relâche, et aucun de ces militaires n’était plus déterminé que ceux du 2e Bataillon de construction; grâce à ce genre d’initiatives, son histoire survivra. De plus, en raison des efforts inlassables du CFAA, du financement fourni par le Service du génie, le gouvernement français et les municipalités impliquées, cette riche et importante partie de notre histoire va pouvoir se répandre et être connue pour des années à venir.