Commandant de troupe en Afghanistan

La COIC (équipement de capacité d'ouverture d'itinéraire de circonstance) à l’oeuvre. Voilà une tâche dangereuse et lassante qui exige une concentration et une énergie incroyables.
Capt Guillaume Moreau
Le véhicule utilitaire Badger utili sant son mât pour l’enlèvement des débris. Il est aussi équipé d’une pelle avant pour déplacer la terre et déblayer.
Sapeur franchissant un oued pour déblayer de l’autre côté avant le passage du convoi.
Les sapeurs du 51e Escadron se préparent à détruire un édifice. Cette structure servait à la fabrication d’EEI.
Publication Date 
01 Mar 2009

Reprinted from Veritas Fall/Winter 2009 Written by 23361 Captain Guillaume Moreau

Être commandant d’une troupe de génie en Afghanistan, quelle expérience enrichissante et stimulante. Chaque jour apporte de nouveaux défis. Du côté technique, je ne me sers pas de ma calculatrice pour calculer les formules comme j’ai appris au Collège, mais je me sers à chaque jour des principes acquis lors de mes études

Être débrouillard est selon moi une des qualités les plus importantes d’un commandant de troupe sur le terrain. Tout doit être fait pour « hier » et les ressources sont restreintes. Sur la Base d’opérations avancée, le commandant de troupe est la référence pour tout ce qui est technique, peu importe si cela fait partie ses tâches ou non

J’ai eu à trouver des solutions à des situations uniques tel que le passage de fils de communications; je devais aussi fournir le support d’ingénierie aux troupes à partir de structures traditionnelles de protection jusqu’au design et à la construction d’un pont léger et transportable par deux hommes pour traverser les oueds. Cela m’amène à coordonner constamment entre les différentes entités sur la BOA

Aviser mon commandant de compagnie (Major d’infanterie) au sujet des opérations, principalement du côté terrain et mobilité constitue également une partie importante de la tâche. Préparer des plans et trouver des solutions aux problèmes lors de l’entraînement peut s’avérer intéressant mais, c’est durant un déploiement que tout prend son sens et se révèle d’une importance capitale

Je participe aux sorties de niveau de compagnie et d’éléments plus importants

Pour l’instant, nous participons à des patrouilles démontées d’une durée de 12 à 16 heures. Pour ce qui est du commandement de mes sections, je passe tous mes ordres à mes commandants de section avant de partir et il est rare que je leur parle sur le terrain. Elles sont, à partir de ce moment, totalement détachées au commandant de peloton, toutefois, je commande le Poste de Commandement Tactique (PC Tac) de la compagnie pendant que le commandant de la compagnie gère l’ensemble des opérations. À chaque fois que nous rencontrons des difficultés liées à la mobilité ou pour tout ce qui est relié aux explosifs je me déplace vers l’avant pour le conseiller

J’adore ma position, elle associe le plaisir de com mander avec la participation aux opérations en compagnie de mes excellents sapeurs. Elle englobe également tout le côté techtechnique, la résolution de problèmes et l’innovation. Selon moi, c’est cette variété constante ainsi que les défis qui font que ma classification – le génie militaire – est l’une des meilleures au sein des Forces

Je n’ose pas dire emploi qui veut un peu dire routine; ce que je fais n’a rien de routinier

Le commandant d’une troupe de génie est moins souvent en charge de projet sur le terrain que les commandants de pelotons. Par contre, les tâches de construction d’ouvrages de protection et ceux d’ouverture d’itinéraire donnent pleinement la chance de commander et d’utiliser sa créativité

Lorsque j’ai reçu les ordres avec mon commandant de compagnie, j’étais stupéfait. Après avoir essayé à quelques reprises de faire changer les plans du QG supérieur, je me suis résolu à faire aussi bien que possible

Afin de retirer l’équipement essentiel de la sous-station de police (PSS) Mushan, ma troupe augmentée avait comme tâche d’ouvrir la route à l’aller ainsi qu’au retour. Cette route était reconnue comme la plus dangereuse de la province de Kandahar, en effet, un an avant, il avait été décidé de ne plus l’emprunter

Il était très tôt le matin quand nous nous sommes mis en route avec une de mes sections de génie ouvrant la route avec des chars et rouleaux, un Badger (véhicule du génie monté sur un châssis de char) et la suite de détection COIC (Capacité d'ouverture d'itinéraire de circonstance) accompagnés d’une section d’infanterie. En tout, le convoi comprenait près de 160 véhi - cules tous alignés et partageant un but commun

Cette route très étroite avait été empruntée que très rarement par de gros véhicules tels que des chars et des véhicules de ravitaillement de 16 Tonnes.

Cependant, comme les autres voies d’accès pour se rendre au PSS étaient inutili sables en ce temps de l’année, nous avons du faire preuve d’imagination

Ainsi, à plusi eurs endroits, nous avons eu à détruire des murs de boue afin d’élargir l’étroit chemin en plus d’améliorer les approches des différents ruisseaux (oueds) qui traversaient la route afin de faciliter le passage à gué

Nous avons fait la plupart de l’avance montés dans nos véhicules en démontant à quelques reprises pour exami - ner les endroits suspects. Par contre, pour la section de génie assistée de quelques fantassins, l’ouverture d’itinéraire a comporté pas moins de six kilomètre à pied avec les détecteurs de mines à travers des champs de vigne; une expérience très difficile et usante

Au début de l’après-midi, le premier char dans l’ordre de marche a frappé un dispositif explosif de circonstance (DEC)

Heureusement, l’équi page a souffert seulement de blessures mineures et le véhicule a été en mesure de continuer son avance. Les membres de la section de génie qui étaient démontés ont également été secoués par l’explosion. Ils ont vite constaté la nécessité de porter leur équipe ment de protection lorsqu’ils ont reçu au visage le sable chaud résultant de l’explosion

Plus tard dans la journée, nous avons trouvé deux faux DEC placés sur notre itinéraire afin de ralentir notre approche

Malgré la tombée de la nuit nous avons poursuivi notre avance mais cela nous a coûté cher. Plusieurs véhicules sont entrés en collision avec les murs situés de chaque côté de la route et ont nécessité un remorquage afin de les sortir de leur fâcheuse position. Il y a même un camion 16 Tonnes qui s’est renversé complètement sur le côté et qui a finalement nécessité un remorquage tout le long du trajet. La position choisie dans un village pour passer la nuit était loin d’être parfaite. En effet, nous avions une bonne visibilité au sud sur ce qui était apparemment des positions de mitrailleuses. Par contre, notre visibilité au nord était nulle en raison des arbres et des bâtiments

Pour ce qui a trait à la sécurité générale, ce n’était guère mieux. Il y avait six bouteilles de propane d’environ 60 livres (25 kg) à moins de deux mètres de mon véhi cule

Recherchant un meilleur endroit, je me suis finalement résigné; il y avait une très grande quantité de bouteilles de propane partout ainsi que plusieurs barils de 45 gallons (171 litres) d’une substance incendiaire. Lorsque les nombreuses récupérations furent complétées et les problèmes de radio résolus, il ne restait plus que 20 minutes avant le lever du soleil! À la sortie du village au lever du jour, le premier véhi - cule dans l’ordre de marche a pris un mauvais virage. Il était impossible de reculer en raison des nombreux véhicules qui le suivaient de près. J’ai donc essayé de faire une route de contournement avec le Badger dans un champ de pavot. Un char avec ses rouleaux ainsi que deux Huskys (véhicule de recouvrement monté sur un Grizzely, véhicule armé à huit roues.) s’y sont enlisés. Il a fallu beaucoup d’ingéniosité de la part de l’équipage du Badger pour sortir le char. De plus, lors de la récupération, une des remorques d’un Husky utilisées pour faire détoner les mines s’est brisée. Il nous a finalement fallu cinq heures pour compléter cette opération de récupération. En effet, chaque véhicule enlisé empêchait un autre de bouger, sans compter que les Badgers ont commencé à perdre leurs chenilles

Heureuse ment, tous ont finalement réussi à reprendre la route

Il nous a fallu 30 heures pour se rendre au PSS! Aussitôt arrivé, les travaux ont immédiatement commencé tandis que mes sapeurs ont pu se reposer quelques heures avant d’entreprendre une patrouille de nuit

La patrouille avait comme but de trouver des caches d’arme et d’explosif dans la région immédiate ainsi que de perturber les insurgés afin de faciliter le travail sur le site du PSS et d’aider à garder notre liberté de mouvement sur la route

Au retour de notre de patrouille de 15 heures, les travaux avaient si bien avancé que nous nous préparions à repartir le lendemain par la même route

Nous avons pris le chemin du retour tôt le lendemain matin et avons tôt fait de découvrir notre premier DEC de la journée. À peine 20 minutes plus tard nous l’avions fait exploser, la route était réparée et nous étions repartis. Quelques 40 mètres plus loin nous avons trouvé un autre DEC; la journée s’annonçait bien remplie! Quelques heures plus tard, le 45e véhicule dans l’ordre de marche fit exploser un DEC

Heureusement, personne n’a été blessé et il y a eu peu de dommage au véhicule

Un peu plus tard, dans passage étroit entre deux bâtiments le premier véhicule dans l’ordre de marche est passé sur un puissant DEC. C’est avec une étonnante rapidité d’exécution que toutes les étapes de secours furent exécutées, depuis la sortie des blessés du véhicule jusqu’à leur embarquement dans un hélicoptère. Peu après, j’ai pu voir pour la première fois nos hélicoptères canadiens nous appuyer par un tir contre des insurgés qui s’apprêtaient à nous embusquer

Aussitôt que nos blessés furent évacués, le Badger a construit une route de contournement directement à travers un bâtiment de terre. L’ouverture de la route s’est poursuivie de façon démontée sur plus d’un kilomètre. À la tombée de la nuit, le véhicule endomagé était toujours dans le trou de l’explosion

Le Badger et l’ARV (une remorqueuse montée sur un chassis de char) ont éprouvé énormément de difficulté à le sortir de là étant donné qu’ils devaient com poser avec l’ensemble du convoi qui contournait la scène. Nous avons passé la nuit sur la route à tenter de sortir le véhicule du cratère et de fermer les espaces entre les véhicules

Après ces évènements, le reste de la route s’est passé sans anicroche. Nous étions tous épuisés par ce retour qui a été nettement plus compliqué que l’aller. Heureusement, nous pou vons maintenant dire mission accomplie!