Plus de Sapeurs en Theatre

Une opération de balayage typi que à pied utilisant des détecteurs de mines à un passage à gué.
La Capt Michelle Whitty rencontrant son Excellence la très honorable Michaëlle Jean, C.C., C.M.M., C.O.M., C.D. gouverneure gén érale du Canada au tout début de son affectation.
Un sapeur à la recherche de mines ou d’EEI avec un détecteur de mines.
La Capt Whitty apporte le béret du Maj Yannick Pépin juste avant son rapatriement. Le Maj Pépin fut tué par un EEI le 6 septembre 2009 avec le Cpl Jean-François Drouin. Les deux étaient membres du 5e Régiment de Génie du Canada de la Base de Valcarrtier au Québec.
Publication Date: 
01 Mar 2009

Article d'eVeritas décember 2007

Par Captain Michelle Whitty

D’aucuns admettent que leur perception du travail des sapeurs change, une fois qu’ils les ont vu à l’oeuvre en Afghanistan. Ils sont partout ; ils font de tout ; ils sont en demande constante et il n’y en a jamais assez. Dans les endroits pauvres, éloignés, dévastés, si les sapeurs ne peuvent trouver une solution à un problème, personne ne le peut. Je vais essayer de démontrer ce que les ingénieurs de combat accomplissent sur le terrain et pourquoi ils sont une partie essentielle de l’équipe interarmes.

Je suis actuellement déployée à l’aérodrome de Kandahar (KAF) à titre d’officier des plans du génie au sein du groupement tactique. Le groupement tactique, quoique la plus importante organisation militaire canadi enne en théâtre, n’est cependant pas la seule. Il est construit autour d’un bataillon d’infanterie auquel sont attachées des sousunités de toutes les autres armes telles le génie, l’artillerie, les blindés, etc … Par conséquent, même si je suis affectée au 5e Régiment de Génie de Combat (5e RGC) à Valcartier, une fois la montée en puissance commencée, le 51e Escadron de Génie de Combat passa au Groupement tactique du 2 R22eR.

QU’EST-CE QU’UN ESCADRON DE GÉNIE DE COMBAT EN THÉÂTRE?

Un escadron de génie de combat comprend environ 150 personnes et 50 véhicules de quelque 20 types différents. L’escadron est divisé en trois troupes de campagne et une troupe de soutien. Les troupes de campagne fournissent un soutien rapproché aux trois compagnies d’infanterie. La troupe de soutien est constituée de détachements de véhicules du génie blindés (VGB / Badger – un châssis de char avec un bras hydraulique et une lame butoir entre autres), la section d’équipement lourd équipée de camions 16T, et la suite CRER (capacité rapide d’entretien routier). La majorité des membres de l’escadron provient du 5e RGC de Valcartier. Toutefois, les détachements de VGB proviennent du 1er RGC d’Edmonton et la suite CRER du 4 RGS (Régiment de Génie de Soutien) de Gagetown. L’escadron a aussi de nombreuses équipes civiles de chiens renifleurs K-9 qui fournissent des capacités de détection d’explosifs.

RÔLES DE L’ESCADRON DU GÉNIE DE COMBAT

En tant qu’ingénieurs, nous avons à accomplir d’innombrables tâches qui sont toutes en quelque sorte prioritaires. Le focus des troupes de génie sur le terrain est habituellement la mobilité et le soutien rapproché tel les sections de sapeurs patrouillant avec les pelotons d’infanterie dans leur secteur de responsabilité. Ceci a lieu généralement au cours d’opérations de routine ou durant les opérations de niveau compagnie ou groupe ment tactique toutefois moins fréquentes. Au cours des opérations plus importantes, les ingénieurs se concentrent sur la capacité de détection des engins explosifs improvisés (EEI) sous la protection de l’infanterie. Ils détruisent sur le champ tous les EEI et leurs lieux de fabrication lorsque découverts. Les équipes chargées de détruire les explosifs sont les seules autorisées à faire ce travail en raison du danger inhérent associé aux pièges. Il y a exception à cette règle lorsque les équipes chargées de détruire les explosifs ne sont pas disponibles; alors les ingénieurs feront sauter le tout sur place. Les sapeurs ont aussi la capacité de mener l’enquête post explosion d’un EEI dans le but de recueillir des informations essentielles nécessaires pour éviter les explosions futures.

La CRER et les Badgers fournissent le soutien mécanisé à la mobilité. La CRER, notre version du paquet de capacité relatif à la circulation sur les routes, garantit la liberté de circulation dans toute la zone d’opérations en balayant constamment les routes à la recherche d’EEI. Au cours d’opérations plus importantes, les Badgers sont particulièrement utiles parce qu’ils sont capables, avec leur charrue, de passer à travers champs, d’abattre des murs, de récupérer les véhicules, et bien plus encore. Un autre rôle dévolu aux ingénieurs de combat est la collecte d’informations qui comprend la reconnaissance (reco) de toutes sortes. Les reco de routes, de sites et d’infrastructures sont effectuées par les ingénieurs de combat. L’in - forma tion recueillie est soit conservée au niveau du groupement tactique à des fins de planification, soit envoyée aux ingénieurs de la Force pour une diffusion élargie. Les opérateurs de machinerie lourde de l’esca - dron fournissent les ressources internes nécessaires à la construction de nouvelles infrastructures en théâtre ou pour améliorer les installations des bases d’opérations avancées (BOA) Enfin, une section est détachée auprès de l’équipe de liaison et de mentorat opérationnel (ELMO) qui assiste les unités d’ingénieurs de l’Armée Nationale Afghane (ANA) récemment constituées lors des travaux effectués dans les BOA.

UN PLANIFICATEUR EN GÉNIE DANS LE GROUPEMENT TACTIQUE

Je ne suis pas la seule diplômée du CMR dans le 51e Escadron ; certains d’entre vous connaissez peut-être les trois commandants de troupe : 23381 Capt Joel Rubletz, 23361 Capt Guillaume Moreau et 23639 Lt Jonathan Martineau. Ces officiers vivent et travaillent dans les BOA avec les compagnies d’infanterie. Mon histoire est bien différente que celle de la plupart des jeunes officiers déployés en Afghanistan. Moi, j’ai la perspective de KAF et comme tous ceux qui sont passés par ici le savent trop bien, c’est un monde à part. À titre d’officier ops/plans, mon travail consiste à effectuer une partie importante de la coordination nécessaire à l’action sur le terrain. Je planifie les opérations futures du groupement tactique.

Nous suivons le processus de planification opérationnelle (PPO) et donc toute la planification se fait en étroite coordination avec le reste du personnel du groupement tactique. À titre d’ingénieur, mon premier souci, quand un plan est en cours d’élaboration, concerne les restrictions relatives au terrain et à la menace EEI pouvant affecter le plan global. Est-ce un champ de vignes ou un champ de blé? Sol d’irrigation ou en plein désert? Petits chemins de terre ou routes pavées? D’où provient la menace EEI et de quel type de menace s’agit-il? Je m’assieds avec deux sergents spécialistes l’un de la géomatique (analyse du terrain) et l’autre du renseignement pour trouver les réponses nécessaires me permettant d’élaborer le plan avec le reste du personnel du groupement tactique. Alors que nous sommes tous à la table de planification, c’est là que les moyens en génie doivent être soigneusement distribués aux sous-unités. Qui a besoin d’un VGB? Où la CRER va-t-elle patrouiller? Est-ce que la reco de l’infanterie a besoin de sapeurs à pied pour vérifier leurs postes d’observation? Qui a besoin des équipes K-9 ? Y a-til une équipe anti EEI et si oui, où sera-t-elle utilisée? Je réponds d’abord à toutes ces questions pendant la phase de planification, mais la prise de décision revient au Cmdt de l’escadron.

À titre d’officier d’étatmajor, je n’ai que le pouvoir de recommander. Une fois les assignations déterminées, il est temps de planifier le quoi, le où, le quand et le comment.

AUTRES ORGANISATIONS DU GÉNIE

L’Escadron de campagne n’est pas du tout la seule organisation du génie en théâtre. Au sommet de la liste trône le quartier général supérieur de la Force opérationnelle Kandahar (FOK). C’est à ce niveau qu’opèrent l’ingénieur en chef, 17576 Lcol Mike Gilmore, et son état-major. Mes homologues de planification, à ce niveau, sont 22214 Capt Nils French et 22863 Capt Graham Macmillan. Il y a aussi l’Organi - sation de Gestion des Con - structions (OGC) responsable de la plupart des constructions hors de l’enceinte de KAF, en coopération avec les ressortissants locaux. Leurs homologues sont les ingénieurs de construction (GC) qui s’occupent de toutes les constructions et de la maintenance à l’intérieur de KAF et sur les BOA. Il y a aussi l’escadron anti EEI au sein duquel on retrouve les équipes de désamorçage de bombes et munitions et les équipes d’exploitation tactique.

UN PETIT QUELQUE CHOSE QUE JE COMPRENDS MAINTENANT ET QUE J’AI PROBABLEMENT APPRIS AU CMR

Je n’ai fait que gratter la surface en décrivant combien vastes et complexes sont les organisations déployées dans un théâtre et les opérations qui y sont effectuées. Cela dit, le travail comme tel est la partie facile. Transiger avec des personnes à KAF et sur le terrain, de toutes organisations, de tous niveaux, de tous grades et de toutes nationalités est la partie difficile. Les deux choses les plus importantes que j’ai apprises depuis mon arrivée en théâtre concernent les communications et la gestion du temps. Dans la planification et la conduite des opérations, les choses peuvent se compliquer très rapidement. Il est essentiel d’apprendre que décrocher le téléphone et parler de personne à personne est la façon de résoudre les problèmes. Les courriels ne fonctionnent pas toujours. En outre, il y a toujours plus de travail à faire avec la pression concomitante pour le vite fait, bien fait. C’est en établissant des priorités tout en restant réaliste, qu’en quelque sorte, on finit presque toujours par tout faire.

Au CMR, on nous éduque pour le travail, on nous initie à la gestion du personnel et on jette un oeil à l’aspect militaire des choses. Cependant, c’est ce que vous faites de votre temps libre pendant que vous êtes au CMR qui vous préparera à travailler dans un environnement hautement exigeant avec des gens de tous horizons. La question que je me posais au CMR était : Que puis-je faire pour me préparer? Ma réponse est se garder occupé. Et si vous pensez que vous êtes déjà très occupés et n’avez pas le temps de tout faire, eh bien, joignez une autre équipe ou un club, allez prendre un verre (même si vous n’avez pas le temps !) et faites des choses que vous n’avez jamais pensé que vous seriez capables de faire. Tout ce dont vous avez vraiment besoin, c’est de la confiance, de l’empathie, d’être capable de gérer votre temps et de développer des compétences en résolution de problèmes. C’est tout ! Le reste vient avec le temps et avec tout ce que vous découvrirez le long de la route.

Note de l’éditeur : Peu de temps après que Michelle nous eut fait parvenir son article, son commandant, le Maj Yannick Pépin, du 51e Escadron de génie campagne du 5e RGC a été tué le 6 septembre 2009 par un EEI en compagnie du Cpl Jean-François Drouin. À ce jour, 12 des 130 Canadiens qui sont morts en Afghanistan étaient des sapeurs.