Bravoure des Sapeurs sur les plages de Dieppe

Sketch map showing the main Canadian landing beaches (Veterans Affairs Canada)
‘Blitz Buggy' jeep loaded with high explosives for the sappers to breach the Dieppe wall. Most of the engineers were killed or wounded before they got to that point.  Note the chespaling under the wheels. (Dieppe: Tragedy to Triumph, BGen Denis Whitaker)
Maj Sucharov's chespaling on a Churchill Tank
Five tons of timber and thirty men could assemble this ramp in under five minutes.
A view of the casino after the Raid

Par Lcol Don Chipman, (ret.)

Traduction libre faite par Major Philippe Chesne

Contexte

RUTTER devient JUBILEE

En 1942, le commandement opérationnel britannique a conçu un assaut combiné amphibie, aéroporté, naval et aérien sur Dieppe, un port occupé et fortifié par les Allemands sur la côte française. Le plan initial, l'opération RUTTER, prévoyait le débarquement d’une force de la taille d’une division pour saisir les installations clés et détruire les autres, ainsi que de collecter des renseignements de grandes valeurs et tenir la ville durant deux marées, avant de se revenir en Angleterre. Ce plan devait être soutenu par des opérations aéroportés avec un soutien des avions de chasse et un bombardement intense fourni par les forces aériennes et maritimes.

L'opération RUTTER a été annulée en juin en faveur de la préservation des forces pour l'invasion de l'Afrique du Nord plus tard cette année, invoquant aussi comme excuses les mauvaises conditions météorologiques, ainsi que des fuites de renseignements détaillés sur l’opération. Cependant, il se peut que la pression russe pour ouvrir un Front à l'Ouest ait été un des facteurs décisifs, combiné à l’insistance du gouvernement canadien à impliquer ses troupes, tôt ou tard, ainsi l'opération JUBILEE, approuvée le 19 août 1942, a été un réajustement de l'opération RUTTER.

Les forces d’assaut

Les forces d'assaut étaient centrées sur la 2ème division d'infanterie canadienne avec le soutien de trois commandos de la marine royale et de la 50ème unité des Rangers américains. L'assaut principal devait être dans la ville elle-même avec trois bataillons d'infanterie, un régiment blindé, une compagnie du génie de campagne spécialement formée pour l’occasion et du commando « A » des troupes de marines royales. Trois bataillons supplémentaires devaient conduire les attaques de flancs à l'est et à l'ouest de la ville. Les deux autres commandos et les Rangers avaient été affectés à des tâches spécialisées contre des canons d’artillerie et des installations de radars.

L'assaut a commencé à peu près tel que programmé, mais les désastres ne se sont pas fait attendre. Certaines bateaux de débarquassions se sont perdues, d'autres ont été pris dans des obstacles, d'autres ont atterri aux mauvais endroits et beaucoup ont été frappés par le feu ennemi. Sur les plages, les tirs précis et concentrés de l’ennemi affligeaient de lourdes pertes aux attaques successives des troupes canadiennes. Les chars d’assaut étaient détruits rapidement sur les plages, laissant l'infanterie et les sapeurs sans le soutien rapproché dont ils avaient besoin afin de sortir des plages de débarquement pour avancer et prendre la ville. Le manque total de bombardements préparatoires intensifs et le défaut de supériorité aérienne a transformé la plage en une galerie de tir de jeu d' « Arcade » pour les défenseurs.

Comme cela a été documenté dans d'innombrables autres endroits, le raid fut un échec. Les attaques ont rarement atteint leurs objectifs et les pertes ont été horribles. Les raisons de l'échec sont peut-être plus politiques qu’opérationnelles. Les plans initiaux de l'opération RUTTER pour les bombardements massifs, aériens et navals, sur la ville ont été réduits à un soutien dérisoire de quelques contre-torpilleurs et peu d’avions de chasse. Cela a peut-être été fait pour sauver la vie des civils français, et les planificateurs ont estimé que l'élément de surprise permettrait aux troupes du débarquement de surmonter la défense allemande.

Bien que le manque d'efforts dans l’appui-feu préparatoire soit suffisant pour compromettre la mission, d'autres facteurs aggravants tels que le manque de commandement et de contrôle, ainsi que l'imprécision des renseignements et les défectuosités importantes de l’équipement ont contribués à l’échec. Bien que les promoteurs de la guerre affirmaient que les leçons apprises à Dieppe ouvraient la voie au succès en Normandie, l'argument s’affaiblissait. Quoi qu’il en soit, un travail d’état-major approfondi et complet n'aurait jamais laissé un raid avoir lieu sans un feu d’appui préparatoire massif et un bombardement précédant les débarquements de Normandie. Les théories de la conspiration abondent sur les vraies raisons pour lesquelles le raid a eu lieu, mais encore une fois, la vérité est obscurcie dans un brouillard du secret, sous une dissimulation éventuelle par le commandement aristocratique britannique. Au Canada, le public percevait les taux de sinistre élevés et le secret pour la sécurité en temps de guerre uniquement comme un camouflet pour s’assurer que le coût de l'opération ne soit jamais entièrement justifié publiquement. Ce fut un triste jour pour l'armée canadienne, et il est noté que la 2ème division d'infanterie canadienne ne se rétabliera jamais complètement de cette expérience.

Réaction allemande

En dépit du fait que l'opération JUBILEE a été une catastrophe, la qualité des combats ne devraient en aucun cas être remis en cause. La 302ème Division allemande, qui était en contact tout au long de la journée, a rapporté que les Canadiens se sont battus avec une grande énergie et un grand courage malgré les chances très affaiblies de leur côté.
Un rapport, de leur QG supérieur, de la 15éme Armée reflète une vision similaire:
Les ennemis, presque entièrement des soldats canadiens, se sont battus - pour autant qu'ils étaient capable de se battre - bien et courageusement.

Rôle du GRC

Choix de la force

La planification du Raid de Dieppe a débuté plusieurs mois avant sous les auspices de l'opération RUTTER. L'objectif principal du raid comprenait la destruction de la défense ennemie dans le port, des installations de l’aérodrome de St. Aubin, des stations radios de recherche de direction, des centrales électriques, des installations portuaires et ferroviaires et des dépôts d'essence près de la ville, les sapeurs étaient une composant clé. Le programme de démolition, couplé aux taches du génie pour ouvrir des brèches sur les plages, a employé un grand nombre de sapeurs - sans parler du groupe de génie très occupé avec la construction continuelle et l’entretien sans fin des installations en Angleterre.

La première étape consistait d’assembler une composante du génie pour le raid. En mai, des détachements totalisant plus de 350, tous rangs confondus, extrait du Génie de la 2ème Division – La 7ème Compagnie de campagne a fourni le plus grand nombre de sapeurs, le reste provenait de la 2ème Compagnie de campagne (environ 100), de la 11ème Compagnie de campagne (environ 65) et de la 1ère Compagnie de campagne de réserve (environ 25). Fait intéressant, les soldats des 7ème, 11ème et 1ère étaient presque tous du sud-ouest de l'Ontario.

Au total, il y avait 12 officiers. Le GRC avait été divisé en deux groupes principaux: le groupe d’assaut sur les plages (sous le commandement du major Bert Sucharov) et le groupe de démolition (sous les ordres du lieutenant-colonel L. F. Barnes). Les troupes d’assaut étaient chargées d'assurer le débarquement des hommes, du matériel, des véhicules et de l'équipement des zones de débarquement, et protéger la ré-embarcation pour leur retour en Angleterre. Le groupe le plus important, celui de la démolition était responsable du déminage et de nombreuses tâches de destruction dans la ville et ses environs. Les troupes ont ensuite été subdivisées en détachements et escouades de tailles variées en fonction de leurs tâches. Les hommes, les équipements et le matériel ont ensuite été répartis dans les différentes embarcations du débarquement (« TLC »).

La sélection exigeait des hommes avec de très bonnes compétences en génie et avec un conditionnement physique de niveau élevé. Ils ont tous dû compléter une marche forcée en portant 60 charges, puis compléter leurs tâches requises de sapeur, ainsi que celles des autres hommes du groupe d’assaut. En outre, ils devaient aussi être compétents comme n'importe quel soldat d'infanterie dans les exercices de combat et avec les armes. Toutes les sections du génie étaient petites et chaque homme devrait fonctionner presque indépendamment et connaitre l’ensemble des taches désignées à son groupe. Comme il y aurait peu, ou pas, de duplication ou de renforcement après l'attaque, même une seule victime pouvait facilement mettre un groupe particulier hors d'action si les hommes n'avaient pas été polyvalents, permettant à l'organisation d’être agile.

Démolition et mobilité

La formation et les préparations ont commencé immédiatement et c'était intense. C'était la première opération de ce type pour les Canadiens et bon nombre des tactiques et des procédures devaient être élaborées à partir de rien. En utilisant des sommaires des renseignements, des listes de cibles et d’obstacles ont été préparés. Les essais et les expériences ont déterminé le meilleur moyen d'accomplir les tâches. Les cibles de démolition devaient être attaquées avec des explosifs, par le feu, ou à coups de marteaux.

Pour l'une des premières fois de la guerre, des charges creuses ont été utilisées pour accentuer le coup de l'explosion et donner une pénétration profonde. Les essais ont montré que trois charges coniques de 60 livres bien placées pouvaient ouvrir une brèche dans les digues, suffisamment large pour laisser passer un char d’assaut « Churchill ». Une technique similaire a été utilisée avec des charges plus légères de trente-trois livres. Chaque sapeur pouvait porter deux de ces dispositifs, pour les accrocher avec une chaîne pendues sur les murs. Une fois que la charge avait détonné, un char d’assaut pouvait traverser la brèche, en environ une minute. Dans tous les cas, les sapeurs qui plaçaient les charges étaient supposés être protégés le feu de couverture de l'infanterie et des chars – toutefois, cela n'arriva pas comme il avait dû.

L'unité s'est entrainée sur des plages semblables à celle de Dieppe. Des maquettes de cibles à grande échelle ont été construites. La plus grande était une maquette du pont-bascule de Colbert qui traversait l'entrée du port intérieur de Dieppe. Le travail devait être terminé en moins de trois heures avec un minimum de matériel. Une équipe de 25 hommes avait été sélectionné pour placer les explosifs de 300 livres, totalisant 82 charges individuelles, avec un circuit de mise à feu de 600 pieds, tout en assurant leur propre protection, en une heure. Rappelez-vous, presque tous les outils et le matériel devait être transporté à dos d’homme.  

Le gravier sur les plages de Dieppe ralentissait les chars d’assaut et les véhicules à roues. Des dispositifs de franchisage « chespaling », semblable à la construction de clôtures à neige, mais plus robuste et plus large, pouvaient être utilisés pour permettre aux véhicules à chenilles et à roues de circuler sur les plages de gravier instable. Ces chespalings pouvaient être posé en couches simples ou doubles si nécessaire. Comme conçu à l'origine, quatre sapeurs débarquaient avec chaque char d’assaut et tireraient manuellement le chespaling devant leurs chenilles.

Le Maj Sucharov et son équipe ont développé un moyen pour attacher les rouleaux de chespaling aux chars d’assauts, pouvant être déroulés par l'équipage sans utiliser les sapeurs. La plate-forme de chespaling pouvait aussi être jetée à partir du char d’assaut après utilisation, avec un circuit explosif. Au besoin, un rouleau complet de chespaling pouvait être déposé dans la mer permettant aux chars d’assauts de passer des barrières de 28 pouces de haut. Pour les obstacles du planché marin plus hauts, les sapeurs construisaient des berceaux et de rampes en bois. Chaque rampe nécessitait jusqu'à cinq tonnes de bois et trente hommes pour l'assembler. La tâche devait être complétée en moins de cinq minutes.

Les débarquements

Les équipes du génie, leur matériel et équipement ont été chargés sur les embarcations du débarquement selon les rôles assignés. Les débarquements pouvaient atteindre leurs objectifs comme planifier, tout comme les manquer complètement. Seulement la moitié des sapeurs embarqués ont atteint les plages. Le reste a été arrêté par les feux ennemiz ou par des obstacles sous-marins. Un grand nombre ont été blessés sur les bateaux. Certains sapeurs ont utilisé les mitrailleuses anti-aériennes lorsque les équipages de la Marine avaient été tués.

Sur la plage, les sapeurs se sont débrouillés bien au-delà des attentes. Lorsque les dirigeants étaient évincés de l'action, les subordonnés prenaient le relais. Dans un cas, un sergent du génie a pris le contrôle d'un peloton d'infanterie et, ne pouvant pas être en mesure de compléter sa tâche, il a pu en compléter d'autres, notamment en détruisant des points forts de l’ennemis et leurs armes. D'autres sections de sapeurs se sont trouvées incapables de se dégager de la plage et ont passé tout leur temps à se défendre et à trouver une protection pour les blessés. Les sapeurs ont composé 85% de blessés ce jour-là, les pires pertes comparées à n'importe quelle autre unité. Sur les 71 sapeurs d'assaut qui ont débarqué, seulement dix sont retournés en Angleterre et seulement huit des 98 sapeurs des équipes de démolition sont revenus. Au total, 27 sont morts sur les plages, dans les bateaux, plus tard à l'hôpital ou en captivité.

Bravoure

Comme on se l'attendait, après toute la formation et la préparation, le GRC a combattu courageusement à Dieppe. Les éléments suivants ont été retenus pour une reconnaissance spécifique et ont reçu des décorations pour leurs actions ce jour-là. Des actions semblables d'autres ont probablement été méconnues dans le brouillard de guerre comme on le verra lors de la lecture de ces histoires:

 

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